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Cap sur le Pays — Mars 2026 (rapport mensuel)
Cap sur le Pays — Mars 2026
L'essentiel en 3 points
1. Le FMI tire un signal d'alerte mesuré. Le 25 mars 2026, le Conseil d'administration du FMI a bouclé ses consultations annuelles avec le Cameroun (dites "Article IV"). Verdict : la croissance 2025 n'a atteint que 3,1% (moins que prévu, à cause des troubles liés aux élections), le déficit budgétaire s'est creusé, et la dette publique est jugée à un niveau critique. Le FMI table toutefois sur un rebond à 3,3% en 2026.
2. La loi sur les investissements devient opérationnelle. Une circulaire du 18 mars 2026 de l'Agence de Promotion des Investissements (API) active concrètement le nouveau régime d'incitations : huit secteurs bénéficient désormais d'exonérations fiscalo-douanières pouvant aller jusqu'à 10 ans.
3. Le Cameroun a été sous les projecteurs diplomatiques et commerciaux. Yaoundé a accueilli fin mars la grande conférence ministérielle de l'Organisation Mondiale du Commerce (164 pays), avec en marge plusieurs rencontres bilatérales sur l'investissement (Pays-Bas, France, Maroc) et un nouveau prêt de 75 millions de dollars pour des routes dans le Nord.
Situation économique — et ce que ça change pour vous
Le rapport du FMI publié fin mars dresse un état des lieux contrasté. La croissance 2025 (3,1%) est restée en dessous des prévisions car les troubles liés aux élections ont perturbé le commerce, les services et l'investissement. Le déficit budgétaire est passé de 0,7% du PIB en 2023 à 1,5% en 2024, et les arriérés de paiement de l'État sont estimés à au moins 4% du PIB fin 2025. Le FMI recommande de mieux collecter les recettes intérieures et de mieux gérer les finances publiques, tout en projetant une reprise à 3,3% en 2026.
Autre signal, plus positif : l'inflation dans la zone CEMAC (dont fait partie le Cameroun) a nettement reculé, à 1,4% au premier trimestre 2026 contre 4,0% un an plus tôt, grâce à la baisse des prix mondiaux de l'énergie et de l'alimentation, de bonnes récoltes agricoles, et au maintien du gel des prix du carburant. Le Cameroun reste néanmoins le principal contributeur à l'inflation régionale (il pèse 52% de la consommation de toute l'union et a contribué pour plus de 110 points à l'indice des prix CEMAC).
Sur le commerce extérieur, la dernière donnée annuelle disponible (2025) montre un déficit commercial en forte hausse : 2 145 milliards de FCFA, contre 1 747 milliards en 2024, soit +22,8%. Le pays couvre désormais moins de 60% de ses importations par ses exportations, contre 65% l'année précédente. Aucune donnée officielle spécifique à mars 2026 n'a pu être trouvée sur ce point.
Exemple concret : une inflation qui recule est une bonne nouvelle pour le pouvoir d'achat des proches restés au pays — l'argent envoyé va un peu plus loin qu'un an plus tôt. Mais un déficit budgétaire et commercial qui se creuse est un signal de vigilance : il traduit une économie qui dépend encore beaucoup des importations et dont les marges de manœuvre financières se resserrent. Recommandation : ce n'est pas le moment de sur-interpréter un seul indicateur positif (l'inflation) sans regarder l'ensemble du tableau — les fondamentaux budgétaires restent fragiles selon le FMI lui-même.
Situation financière — et ce que ça change pour vous
L'encours de la dette publique du Cameroun s'élevait à 15 416 milliards de FCFA au 31 mars 2026 (environ 27,5 milliards de dollars), en hausse d'environ 6% sur un an, selon la Caisse Autonome d'Amortissement. Le FMI, de son côté, qualifie ce niveau de "critique" et note que le marché régional des titres publics est proche de la saturation — autrement dit, l'État a de moins en moins de marge pour emprunter localement.
Fitch Ratings a confirmé la note souveraine du Cameroun à "B" (perspective négative) fin avril, mais sur la base de la situation de début 2026 ; l'agence estime la dette à 41,2% du PIB en 2025, avec une baisse projetée à 40,2% en 2027, et note que le risque d'une transition présidentielle désordonnée a diminué grâce à la réforme créant un poste de vice-président.
Le pays prévoit par ailleurs de lever jusqu'à 1 milliard d'euros sur les marchés financiers internationaux en 2026 — ce qui serait sa plus importante opération de ce type — mais aucun calendrier précis n'a été confirmé pour mars. Deux points restent en suspens depuis février : l'emprunt obligataire régional (BVMAC) de 100 à 150 milliards de FCFA évoqué en février n'a toujours pas été officiellement lancé, et aucune annonce n'a été faite sur des obligations dédiées à la diaspora.
Exemple concret : une dette qui grimpe et un marché régional saturé signifient que l'État camerounais va chercher des financements ailleurs — notamment à l'international, où les taux dépendent de la confiance des investisseurs. La note "B" avec perspective négative de Fitch reflète cette prudence. Pour un membre de la diaspora qui envisage de prêter de l'argent à l'État (via une future obligation) ou d'investir dans des titres publics, ces signaux appellent à la prudence sur le rendement attendu et à la patience, tant qu'aucun produit "diaspora" concret n'existe. Recommandation : attendez une annonce officielle et un prospectus clair avant tout engagement financier lié à un futur emprunt d'État — rien de tel n'a encore été publié en mars 2026.
Cadre juridique — et ce que ça change pour vous
Le fait juridique majeur du mois est l'entrée en application concrète du nouveau régime d'incitations à l'investissement. L'ordonnance n°2025/002 (ratifiée par la loi n°2025/015 de décembre 2025) a été formellement activée par une circulaire de l'API datée du 18 mars 2026. Huit secteurs sont désormais éligibles à des exonérations fiscales et douanières de 5 à 10 ans : agriculture/élevage/pêche, industrie lourde et automobile, eau et énergie, santé et éducation, transports, tourisme et loisirs, grande distribution, et infrastructures numériques. En contrepartie, les investisseurs doivent désormais fournir un plan de transfert de compétences et de technologie, un engagement de recrutement local, un recours à des sous-traitants camerounais, et une preuve de capacité financière.
La Loi de Finances 2026 apporte aussi des mesures utiles : un crédit d'impôt de 20% sur la formation et l'insertion des jeunes diplômés, une exonération de TVA sur les intrants agricoles, une hausse des taxes sur les véhicules d'occasion importés, une baisse du précompte sur les loyers (de 15% à 10%), et une nouvelle taxation des entreprises numériques étrangères actives au Cameroun.
Enfin, le Cameroun a accueilli fin mars la 14e conférence ministérielle de l'OMC à Yaoundé, avec des rencontres bilatérales sur l'investissement avec les Pays-Bas, la France et le Maroc, ainsi qu'un accord de prêt de 75 millions de dollars avec le Fonds Saoudien de Développement pour des routes dans le Nord.
Exemple concret : un investisseur de la diaspora qui monte un projet dans l'un des huit secteurs prioritaires peut désormais bénéficier d'exonérations fiscales significatives — mais devra présenter un vrai dossier structuré (compétences locales, sous-traitance, capacité financière), pas un simple projet informel. La baisse du précompte sur les loyers (15% à 10%) est une bonne nouvelle concrète pour quiconque possède ou envisage un bien locatif au Cameroun. Recommandation : si vous envisagez un projet dans l'agriculture, l'énergie ou le numérique, c'est le moment de vous renseigner sur les conditions précises d'éligibilité au régime d'incitations — la circulaire du 18 mars en pose désormais le cadre opérationnel.
Secteurs à fort potentiel ce mois-ci
- Agriculture et agro-industrie : secteur prioritaire de la loi d'investissement, exonération de TVA sur les intrants, bonnes récoltes agricoles récentes, et partenariat naissant avec les Pays-Bas sur la transformation agro-industrielle.
- Infrastructures et transport : environ un tiers du budget d'investissement public 2026 (2 031 milliards de FCFA, +9%) est dédié à l'achèvement de grands projets ; un nouveau financement saoudien de 75 millions de dollars vient d'être signé pour des routes.
- Énergie et eau : secteur prioritaire du régime d'incitations, avec un intérêt affiché des partenaires néerlandais pour l'énergie durable.
- Numérique : les infrastructures de stockage et traitement de données sont l'un des huit secteurs éligibles aux exonérations ; la nouvelle taxation des entreprises numériques non-résidentes confirme que ce marché est en train de se structurer.
- À signaler sans confirmation ferme : une quinzaine de projets miniers (fer, bauxite, or) seraient proches de l'entrée en production selon le Ministère des Mines — information non datée précisément et à vérifier avant toute décision.
Ce que révèle ce numéro
Mars 2026 dessine un Cameroun à deux vitesses : d'un côté, un cadre légal d'investissement enfin activé sur le terrain et une actualité diplomatique dense (OMC, partenariats bilatéraux) ; de l'autre, des fondamentaux macroéconomiques que le FMI lui-même qualifie de tendus, et toujours aucun produit financier dédié à la diaspora — ni obligation, ni emprunt obligataire confirmé. Ce décalage entre l'ouverture juridique et l'absence de canal financier structuré pour la diaspora est précisément l'espace que Diaspora Cameroun cherche à combler : comprendre les nouvelles règles du jeu (comme les exigences de l'article 6(2) sur le transfert de compétences) et mettre en relation les investisseurs de la diaspora avec des projets concrets dans les secteurs désormais prioritaires. Ce troisième numéro confirme une tendance déjà observée en février : les textes avancent plus vite que les outils financiers censés les accompagner.
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Sources
- FMI, Rapport des services — Consultations Article IV 2026 (25-30 mars 2026)
- Caisse Autonome d'Amortissement (CAA), Conjoncture Mensuelle de la Dette Publique n°03/26
- Ecomatin (citant la BEAC), inflation CEMAC T1 2026
- Institut National de la Statistique du Cameroun (INS), via Financial Afrik, déficit commercial 2025
- Fitch Ratings, via Capmad, notation souveraine (24 avril 2026)
- Ecomatin / Direction Générale du Budget, budget d'investissement public 2026
- Sika Finance, levée envisagée d'1 milliard d'euros en 2026
- Business in Cameroon / texte officiel sur prc.cm, activation de l'ordonnance n°2025/002
- MINFI, Deloitte Afrique, Investir au Cameroun, Cameroun24.net — Loi de Finances 2026
- Organisation Mondiale du Commerce (OMC), 14e Conférence ministérielle, Yaoundé
- MINEPAT Cameroun, rencontres bilatérales et accord de prêt avec le Fonds Saoudien de Développement
- Investir au Cameroun, point sur l'emprunt BVMAC envisagé
- allAfrica.com / Camer.be, Financial Afrik — point sur les obligations diaspora et le forum "Ensemble Back Home 2026"
